
« J'aime beaucoup mon métier. Je sais cuisiner français, japonais et khmer. Commencer à travailler n'a pas été trop difficile pour moi : j'avais déjà beaucoup appris à Sala Baï comme par exemple savoir préparer et cuisiner la nourriture. Je connaissais les basics. L'exercice de mon métier m'a permis de progresser. J'ai notamment appris à préparer et à cuisiner la nourriture chaude et des petits déjeuners. Idem pour l'anglais, la langue professionnelle d'usage avec les responsables. Depuis 2 ans j'ai la chance de bénéficier de 2h de cours par semaine, entièrement financés par mon employeur. Je ne suis pas la seule à être contente : ma famille l?est tout autant. Etre cuisinière est très bien vu ici au Cambodge.
Salaire mensuel de 160 dollars
Avec un salaire mensuel de 160 dollars (plus commission calculée sur le nombre de clients), je peux aider ma famille. Je donne 50 dollars tous les mois voire plus si nécessaire à mon père. Il est au chômage. Mes parents sont divorcés. Ma mère vit loin d'ici. Je ne l'aide que lorsque je la vois. J'aide aussi ma soeur. Elle est encore à l'école, en grade 11 (notre 3ème). Elle doit payer ses examens alors je finance aussi ses études.»

« Je voudrais devenir couturier. Et ce, même si je sais que ce métier est moins bien payé que celui de serveur, mon métier actuel. Je sais déjà faire un tee-shirt par exemple ! J'ai appris en regardant des amis. Je sais que cela prendra du temps mais c'est possible», explique t-il.
En 2005, il décide de poser sa candidature à Sala Baï. Il en a entendu parler à la radio et vient juste de quitter l'école en grade 9 (notre 3ème). Ses parents, fermiers à 30 kms de Siem Reap, "ne peuvent plus payer ses études*"
Un poste dès sa sortie
Un an plus tard, il sort diplômé de l'école. Il trouve immédiatement un poste dans un hôtel 4 étoiles de Siem Reap, où il travaille d'ailleurs toujours (l'Hôtel Victoria). Il y passe 9 heures par jour, de 14h30 à 23h30, bénéficiant de 25 jours fériés et de 18 jours de vacances annuelles par an). Son salaire? 70 dollars par mois, auquel il faut ajouter une commission, qui varie concomitamment selon le nombre de clients. En avril 2009, elle s'élevait à 75 dollars. Mais Seyha doit assumer un grand nombre de charges. Sa chambre, à 30 dollars par mois et : « 90 dollars, une aide que j'envoie dès que je le peux à ma famille. Cela inclut les frais pour les études de mon jeune frère ». Seyha a alors aujourd'hui un rêve : devenir couturier. Faute d'avoir pu étudier au-delà du grade 9, il ne peut ni aller à l'université ni obtenir un poste à responsabilités. « Et à 40 - 45 ans, être serveur risque d'être encore plus difficile physiquement qu'aujourd?hui. Alors, pourquoi ne pas devenir couturier? J'espère juste trouver un centre pour être formé à ce nouveau métier. »
Michel Phung Guth, aujourd'hui serveur, est le fondateur et le président de Sarika, association de soutien aux étudiants de Sala Baï, composée exclusivement d'étudiants de l'école hôtelière Ste-Anne, à St Nazaire.
« Lors de mon voyage au Cambodge, j'ai convenu d'un rendez-vous le 10 juin 2009 à 7h00 avec l'équipe de Sala Baï. J'ai assisté à la levée du drapeau accompagné du chant de l'hymne national par tous les étudiants. Un moment très impressionnant, très expressif de la solidarité du groupe! J'ai aussi eu la chance de pouvoir discuter avec les étudiants, grâce à un temps d'échange organisé par 2 volontaires françaises Anne et Caroline, en poste à Sala Baï. Nous avons bien discuté et ri. C'était un vrai moment de partage entre moi, ayant eu la chance de faire mes études d'hôtellerie en France dès l'âge de 16 ans et eux, ayant eu la chance d'êtres pris sous les ailes de Sala Baï et de son équipe !
Ce qu'il faut retenir de ce témoignage, c'est qu'au cours de cette journée, je suis reparti avec la certitude d'avoir fait le bon choix. Un choix justifié par un apprentissage sérieux et rigoureux, mais surtout une aide qui a contribué, qui contribue et qui contribuera à un meilleur avenir de ces jeunes. Nous savons que les temps sont durs, que ce n'est pas une période propice à l'espoir, mais il faut que l'on se batte pour que d'autres puissent "sur"vivre! En tout cas, c'est mon opinion.»